Depuis peu, le réseau social analyse les photos et mémorise les traits des visages. Cette pratique vient d’être jugée contraire au droit européen et provoque l’ire des autorités de protection des données.
Facebook profite de l’été pour étendre son système de reconnaissance automatique des visages. Lancé fin 2010 aux Etats-Unis, il est disponible depuis quelques semaines pour la plupart des utilisateurs européens.
De quoi s’agit-il? Au moment où vous publiez une photo, un algorithme détecte les visages et les compare aux faciès identifiés sur d’autres images. Si les traits correspondent, il suggère automatiquement de «tagger» ces amis. S’ils ne sont pas encore connus de Facebook, vous serez invité à indiquer leur nom.
Cette nouvelle fonctionnalité permettrait d’améliorer «le confort d’utilisation» des 750 millions de membres du site en leur faisant gagner du temps. En plus de se souvenir du prénom de vos amis pour vous, le logiciel est par exemple capable de repérer si une personne se trouve sur plusieurs photos.
Seulement voilà: tout le monde ne voit pas d’un bon œil la constitution de ce qui pourrait rapidement devenir la plus grande base de données d’informations biométriques au monde. Pour les défenseurs de la vie privée, mémoriser les traits des individus figurant sur les 2,5 milliards de photos que mettent en ligne chaque mois les utilisateurs de Facebook s’apparente à un fichage d’une ampleur inédite.
Menace de procès
Cette semaine, l’autorité de protection de la vie privée d’Hambourg a jugé que Facebook violait le droit allemand et européen. Son responsable, Johannes Caspar, exhorte le site à modifier ou supprimer le système de reconnaissance des visages et à effacer toutes les informations déjà enregistrées. Il donne deux semaines à la firme californienne pour réagir sous peine de la poursuivre en justice. Facebook estime pour sa part respecter la législation et rappelle qu’il est possible de désactiver la fonction (lire encadré) . Pour les juristes, l’argument est difficilement recevable en Europe. «L’opt-out, c’est-à-dire partir du principe qu’a priori tout le monde est d’accord, vient du système américain très permissif», estime Vincent Robert, avocat spécialisé en nouvelles technologies chez BCCC. Le droit suisse prévoit qu’il faut le consentement explicite de l’utilisateur pour recueillir des données personnelles sensibles.
«Non seulement la collecte n’est pas transparente, mais les finalités d’utilisation ne sont pas claires et on ne sait pas qui a accès à ces informations», renchérit à Berne Jean-Philippe Walter. A l’instar de ses confrères allemands, le préposé fédéral suppléant à la protection des données juge que Facebook transgresse la loi. Mais pour lui, difficile d’agir: «Facebook n’a pas de représentant en Suisse, ce qui limite les moyens d’intervention.»
Au-delà du cas Facebook, la reconnaissance faciale pourrait devenir le prochain risque majeur pour la sphère privée, comme viennent de le démontrer des chercheurs américains dans une étude publiée cette semaine. Alessandro Acquisti, professeur à l’Université de Carnegie Mellon en Pennsylvanie, et son équipe ont comparé des photos d’étudiants prises sur un campus avec les images publiquement disponibles sur Facebook. Cette méthode leur a permis d’identifier correctement une personne sur trois, le tout en moins de trois secondes.
Lien entre le réel et le virtuel
«Techniquement tout est au point pour que l’on puisse mettre un nom sur une personne d’après une simple photo volée dans la rue», confirme Tim Llewellynn, fondateur de nViso. Cette start-up, basée à Lausanne, est spécialisée dans le décryptage des émotions du visage. «Seule manque la puissance de calcul lorsqu’il s’agit de comparer un visage à plusieurs centaines de millions d’autres.» Une limite qui pourrait rapidement disparaître avec l’augmentation de la puissance des ordinateurs. Elle peut également être contournée en limitant la recherche, comme dans l’expérience d’Alessandro Acquisti qui avait présélectionné 25 000 comptes Facebook possédant un lien avec le campus où il a photographié les étudiants.
«Il ne s’agit pas de diaboliser les réseaux sociaux, estime Nicolas Capt, avocat genevois spécialisé dans les nouvelles technologies. Mais il faut être conscient que le lien entre la vie réelle et le monde virtuel sera toujours plus facile à établir.»
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